L’article en bref
Le préavis de licenciement est une période légale souvent mal comprise par les salariés. Voici les points essentiels à retenir :
- Définition : période entre la notification du licenciement et la rupture effective du contrat, pendant laquelle le salarié continue de travailler et être rémunéré
- Durée : 1 mois minimum entre 6 mois et 2 ans d’ancienneté, 2 mois minimum au-delà, sauf dispositions plus favorables en convention collective
- Point de départ : la première présentation de la lettre recommandée par les services postaux, pas le retrait effectif
- Exceptions : faute grave, faute lourde ou inaptitude médicale dispensent du préavis, mais une indemnité compensatrice reste due
- Non-respect : l’employeur doit verser une indemnité compensatrice couvrant les salaires et avantages non perçus pendant la période due
Un salarié sur cinq, selon les statistiques de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), ignore précisément ce à quoi il a droit au moment où son employeur prononce son licenciement. Le préavis fait partie de ces notions que tout le monde a entendu nommer, mais que peu de gens comprennent vraiment. Depuis des années, j’accompagne des salariés dans ces situations, et je vois toujours les mêmes incompréhensions revenir. Alors, permettez-moi de vous expliquer clairement ce mécanisme, sans jargon inutile.
Qu’est-ce qu’un préavis de licenciement et quand s’applique-t-il ?
Le préavis de licenciement désigne la période qui s’écoule entre la notification officielle du licenciement et la rupture effective du contrat de travail. Pendant ce temps, le salarié continue d’exécuter son travail dans les conditions habituelles, et son employeur continue de le rémunérer. C’est, en quelque sorte, une période tampon organisée par la loi pour protéger les deux parties.
Selon l’article L. 1237-1 du Code du travail, le préavis s’applique à tout contrat à durée indéterminée (CDI). Les parties ne peuvent pas y renoncer par avance d’un commun accord. C’est une règle d’ordre public : elle s’impose, même si l’employeur et le salarié souhaitaient s’en dispenser contractuellement.
Cela dit, certaines situations excluent totalement le préavis. Ainsi, un salarié licencié pour faute grave ou faute lourde ne bénéficie d’aucun préavis, conformément à l’article L1234-1 du Code du travail. Il en va de même en cas d’inaptitude constatée par le médecin du travail, de force majeure, ou encore lorsque l’employeur décide lui-même de dispenser le salarié de l’exécuter. Attention, dans ce dernier cas, une indemnité compensatrice de préavis reste due.
Le point de départ du préavis
Le préavis débute à la date de première présentation de la lettre recommandée de licenciement par les services postaux — que le salarié la retire ou non. La Cour de cassation l’a rappelé clairement dans un arrêt du 5 octobre 1999 (n°97-41.669) : même en cas de grève postale retardant la remise effective, c’est bien la première présentation qui compte. Prudence donc si vous attendez de recevoir votre courrier avant de calculer les délais.
Autre point crucial : la lettre de licenciement ne peut être envoyée moins de 2 jours ouvrables après la convocation à l’entretien préalable. Ce délai est impératif. Sa violation rend la procédure irrégulière, et cela peut être un levier notable si vous souhaitez contester efficacement votre licenciement.
Une situation vécue sur le terrain
Je me souviens d’une salariée — assistante comptable, 47 ans — qui m’avait contacté après avoir reçu sa lettre de licenciement un samedi matin. Elle ne l’avait pas retirée immédiatement. Son employeur soutenait que le préavis avait démarré à la date de retrait effectif. Erreur manifeste. Nous avons pu confirmer, preuves postales à l’appui, que la première présentation datait du samedi, et son préavis avait donc commencé à courir bien plus tôt. Cela a changé le calcul de ses indemnités.
Durée et calcul du préavis selon votre situation
La durée du préavis dépend avant tout de votre ancienneté dans l’entreprise, sauf dispositions plus favorables prévues par votre contrat ou votre convention collective. Voici ce que fixe la loi à minima :
| Ancienneté du salarié | Durée minimale du préavis |
|---|---|
| Moins de 6 mois | Selon convention collective ou usages |
| Entre 6 mois et 2 ans | 1 mois minimum |
| Plus de 2 ans | 2 mois minimum |
Ces durées constituent un plancher légal. La Convention collective EPNL, par exemple, prévoit jusqu’à 3 mois pour les cadres, quel que soit leur niveau d’ancienneté. Idem pour de nombreuses conventions de branche. Vérifiez toujours votre convention collective : elle est souvent plus avantageuse que la loi seule.
Les cas particuliers à connaître
Les salariés en situation de handicap bénéficient d’une durée de préavis doublée par rapport aux autres salariés, dans la limite de 3 mois. Pour les salariés employés via le CESU, des règles spécifiques s’appliquent : 1 semaine pour moins de 6 mois d’ancienneté, 1 mois entre 6 mois et 2 ans, puis 2 mois au-delà.
Dans le cadre d’un licenciement économique avec adhésion au Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP), le contrat est rompu sans exécution du préavis. Si le salarié justifie d’au moins un an d’ancienneté, l’employeur verse à France Travail l’équivalent des trois premiers mois d’indemnité de préavis. La part excédentaire est versée immédiatement au salarié.
La question des heures de recherche d’emploi
Pendant le préavis, une tolérance bien ancrée dans les usages professionnels accorde habituellement 2 heures par jour au salarié pour rechercher un nouvel emploi. Ce n’est pas une obligation légale, mais un usage largement répandu. Certaines conventions collectives le formalisent : la convention collective des Transports routiers prévoit ainsi 12 heures d’absence pour cette démarche. Si votre employeur refuse d’accorder ces heures alors que votre convention les prévoit, la Cour de cassation, dans un arrêt du 3 février 1993 (n°89-42436), reconnaît votre droit à des dommages et intérêts.
Ce que vous risquez réellement en cas de non-respect du préavis
Le non-respect du préavis n’est jamais sans conséquence — ni pour l’employeur, ni pour le salarié. Si c’est l’employeur qui ne respecte pas le préavis, il doit verser une indemnité compensatrice correspondant à l’intégralité des salaires et avantages que le salarié aurait perçus. Cette indemnité, précisée à l’article L1234-5 du Code du travail, inclut le salaire de base, les primes habituelles, les heures supplémentaires régulières et les avantages en nature.
Du côté du salarié, quitter l’entreprise sans respecter son préavis l’expose au paiement d’une indemnité à l’employeur pour la période non effectuée. Sauf cas de force majeure, accord de l’employeur ou faute grave de ce dernier, cette obligation s’impose.
Je le répète souvent à mes clients : agir rapidement est essentiel. Les délais de prescription sont courts — 12 mois pour contester la rupture du contrat, 2 ans pour les actions sur l’exécution du contrat, et 3 ans pour les demandes de paiement de salaires ou indemnités. Passé ces délais, toute action devient impossible.
Sources : légifrance officiel



