L’article en bref
L’état des lieux contentieux est un document officiel établi par un commissaire de justice lorsqu’un accord amiable s’avère impossible entre locataire et propriétaire. Voici les éléments clés à retenir :
- Définition : Document authentique avec présomption d’exactitude, établi par un commissaire de justice quand l’état des lieux amiable est impossible
- Formalisme : Convocation par lettre recommandée sept jours avant, inspection méthodique avec photographies et relevés de compteurs
- Tarifs : De 132,82 € à 232,12 € selon la surface, plus frais de convocation et déplacement, partagés 50/50 en cas de litige
- Impact caution : Les délais de restitution restent inchangés (1 à 2 mois), avec pénalité de 10 % du loyer par mois de retard
- Recours : Commission départementale de conciliation ou tribunal judiciaire si désaccord persiste
Plus de 40 % des Français ne sont pas propriétaires de leur logement. Derrière ce chiffre se cachent des milliers de situations tendues entre locataires et bailleurs, régulièrement au moment fatidique de l’état des lieux. J’ai accompagné des dizaines de personnes dans ces litiges, et je peux vous dire que la méconnaissance de l’état des lieux contentieux coûte cher — parfois très cher.
Qu’est-ce que l’état des lieux contentieux : définition et cadre légal
Depuis la loi du 6 juillet 1989, l’état des lieux est un document obligatoire. Il décrit précisément l’état d’un logement à l’entrée du locataire, puis à sa sortie. Normalement, locataire et propriétaire le rédigent ensemble : c’est l’état des lieux contradictoire, dit « amiable ».
Mais quand cela s’avère impossible — refus d’une partie, absence, désaccord profond sur une fissure ou une trace d’humidité — un commissaire de justice (anciennement huissier) intervient. Ce document qu’il rédige seul ou avec la seule partie présente, c’est précisément ce qu’on appelle le constat locatif contentieux.
Ce qui le distingue radicalement d’un état des lieux classique, c’est sa valeur juridique. Il bénéficie de la présomption d’exactitude attachée aux actes authentiques. Concrètement, il se situe au sommet de la hiérarchie des preuves en matière civile. Un juge lui accordera systématiquement la primauté sur tout autre document concurrent. Très difficile à contester après coup, contrairement à un état des lieux amiable qui peut être remis en cause pour imprécision ou vice du consentement.
Les situations qui justifient l’intervention du commissaire de justice
Je rencontre régulièrement des propriétaires qui ne savent pas quand ils peuvent légitimement faire appel à ce professionnel. Le recours n’est pas automatique. Il reste subsidiaire : il doit intervenir uniquement lorsqu’un état des lieux amiable est impossible.
Voici les cas les plus courants :
- Refus ou absence d’une des parties malgré convocation
- Désaccord persistant sur l’état du logement (peinture, humidité, dégradation vs vétusté)
- Impossibilité de donner procuration
- Volonté d’obtenir un document professionnel et objectif
Attention : si rien ne s’oppose à un constat amiable et qu’un propriétaire mandate quand même un commissaire de justice par convenance personnelle, les frais restent intégralement à sa charge. La jurisprudence est constante sur ce point.
Le formalisme que doit respecter le constat locatif
Le commissaire de justice convoque locataire et propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins sept jours avant la date prévue. Le jour J, il inspecte méthodiquement chaque pièce, relève les compteurs (eau, gaz, électricité) et photographie chaque élément notable.
Le document final doit mentionner le type d’état des lieux, la date, la localisation, les noms des parties, les relevés de compteurs, et une description précise de chaque revêtement, équipement, meuble. Un exemplaire signé est remis à chaque partie dans les jours suivants. Le locataire dispose ensuite de dix jours calendaires pour demander des modifications sur les éléments du logement, et d’un mois supplémentaire pour les équipements de chauffage.
Tarifs, répartition des frais et impact sur la caution
C’est fréquemment la question qui revient en premier. Les tarifs du constat locatif sont strictement encadrés par la loi. En métropole, en 2026, voici ce que vous payez :
| Surface du logement | Tarif TTC (métropole) |
|---|---|
| Moins de 50 m² | 132,82 € |
| De 50 à 150 m² | 154,74 € |
| Plus de 150 m² | 232,12 € |
À ces montants s’ajoutent 18,06 euros de lettres de convocation et 11,28 euros de frais de déplacement en métropole. En cas de litige ou d’absence d’une partie, ces frais sont partagés à 50/50 entre locataire et propriétaire, quel que soit le commanditaire. C’est une règle que beaucoup ignorent.
Hormis-mer, les tarifs diffèrent légèrement. À titre d’exemple, en Guadeloupe, comptez 154,91 € pour moins de 50 m², 180,48 € pour 50 à 150 m², et 270,73 € au-delà. À La Réunion, les montants sont légèrement supérieurs : respectivement 164,52 €, 191,68 € et 287,52 €.
Ce que le constat locatif change pour la restitution du dépôt de garantie
Un point que j’insiste toujours à expliquer — l’intervention d’un commissaire de justice ne modifie pas les délais légaux de restitution de la caution. Le bailleur dispose d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois si des dégradations ont été constatées. Tout dépassement expose le bailleur à une pénalité de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard.
Je me souviens d’un propriétaire qui pensait avoir plus de temps pour agir parce qu’il avait fait appel à un commissaire de justice. Il a eu la désagréable surprise de devoir payer cette pénalité. Ne faites pas la même erreur.
Recours possibles en cas de désaccord persistant
Le commissaire de justice constate et décrit. Il ne tranche pas. Si un désaccord persiste sur la qualification d’une dégradation — vétusté normale ou dommage imputable au locataire — d’autres voies existent. La commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement par l’une ou l’autre des parties. Elle réunit bailleur et locataire pour tenter un accord amiable.
Si la conciliation échoue, le tribunal judiciaire du lieu de situation du bien reste compétent. Vous disposez de trois ans après l’apparition du litige pour agir. Enfin, pour vérifier que les frais facturés par le commissaire de justice sont bien conformes, adressez-vous au secrétariat du tribunal dont dépend son étude : c’est gratuit.
Sources : légifrance officiel



